Bio-photographie

Du 9 au 12 juillet 2018 s’est tenu à Arles et dans sa région le workshop « Algaetype : matérialiser le territoire camarguais à travers la bio-photographie ».

Il s’agit d’une collaboration entre l’Atelier Luma (Sylvia Segura, Marie Pradayrol) et l’ENSP (École nationale supérieure de la photographie d’Arles – Yannick Vernet). Ce workshop encadré par  Diane Trouillet (artiste, chercheure), Kristof Vrancken (photographe expérimental) et Seppe Moons (photographe) avait pour but de faire découvrir ou redécouvrir aux participants le territoire camarguais, ses enjeux et ses ressources, et de les initier à la photographie et à l’expérimentation scientifique.

Récolte d’algues, capture photographique de paysages, création de papier et d’émulsions d’algues, sélection et développement de photographies au soleil : les activités proposées ont permis aux inscrits de mieux connaître notre biorégion et de s’essayer aux processus de fabrication et à l’innovation artistique.

Réunissant des personnes issues de tous les horizons – biologistes, photographes, historiens, étudiants en art, curateurs, artistes -, le workshop a su faire émerger une intelligence collective précieuse. Une exposition a été proposée à Atelier Luma à partir du 16 Octobre 2018 en parallèle de la grande exposition « Picture Industry : une histoire provisoire de l’image technique, 1844–2018″

Retrouvez ces journées du workshop sur la bio-photographie entièrement documentées sur ce PAD

Luce Lebart
Historienne de la photographie et Chercheure à Archive of Modern Conflict

« L’effet chimique de la lumière dans la chambre photographique peut être parfaitement analogue à son effet physiologique dans le végétal vivant » écrivait en 1885 un chimiste allemand s’étant essayé à la photographie sur feuilles … d’arbre… Il cherchai à faire des images photographiques naturelles sur des végétaux vivants.

Près de 40 ans plus tôt, en Angleterre, c’est une femme, Mary Sommerville, – qui utilisa la chlorophylle et plus généralement le jus de plantes pour faire des photographies. Ses recherches parurent en 1846 sous la forme d’une lettre au savant Sir John Herschell. Elles ouvrirent la voie au procédé photographique anthotype reposant sur la sensibilité à la lumière du jus de fleurs, de plantes ou de légumes. La technique est toujours goûtée aujourd’hui mais les images disparaissent progressivement lors de l’exposition prolongée à a lumière.

C’est ce procédé anthotype que la fondation Luma et l’Ensp ont proposé de revisiter en 2018 en utilisant cette fois comme matière première des algues récoltées en Camargue. Comment fixer les images fabriquées avec le jus coloré de ces végétaux polyphylétiques? Ce défi, il a s’agit de le relever en poussant l’expérimentation photographique à ses limites et en substituant au support papier traditionnel un papier complètement naturel, un papier bactérien fabriqué à partir de souches se développant dans un substrat naturel.

Faire de la photographie aux algues sur papier bactérien tel que l’a proposé l’atelier LUMA avec l’ENSP, c’est véritablement renouer avec la liberté d’expérimentation des origines du médium. Ensemble, nous avons partagé la joie de la cueillette des ingrédients comme le labeur joyeux de leur préparation. Ensemble aussi, nous avons éprouvé les espoirs et l’attente des résultats, les déceptions et les surprises et toujours ce ravissement face à la troublante et aléatoire beauté du test et de l’essai.

Le chemin vers le rêve d’une biophotographie, entièrement naturelle est désormais en passe d’être tracé… Délectons nous aujourd’hui de ces photographies sans substances chimiques nocives, entièrement recyclables et issues de la terre et des eaux de la proche Camargue….

“Faire de la photographie aux algues sur papier bactérien tel que l’ont proposé l’atelier LUMA et
l’ENSP, c’est véritablement renouer avec la liberté d’expérimentation des origines du médium.”

Luce Lebart, historienne de la photographie
2019-09-26T10:49:38+00:00